Ce que les gens racontent sans le savoir
Je pars souvent boire un café avec un livre.
C’est assez con, finalement, parce que je ne le lis presque jamais.
Je m’installe, je commande quelque chose, j’ouvre mon bouquin et cinq minutes plus tard, je suis déjà en train de regarder les gens.
Il faut dire qu’ils sont quand même vachement intéressants.
Celui qui attend quelqu’un depuis vingt minutes. Celle qui traverse la rue avec un sourire immense. Ce couple qui ne s’adresse pas un mot depuis le début du repas.
Ils se font chier ensemble ? Ils viennent de s’engueuler ? Ou ils sont simplement assez bien tous les deux pour ne pas avoir besoin de meubler chaque seconde ?
J’en sais foutrement rien.
Mais j’ai déjà inventé trois versions de leur vie.
C’est un truc que je fais partout. À Lyon, à Bangkok, à Berlin. Dans les cafés, les bus, les rues, les clubs.
Je regarde les gens et j’imagine leurs histoires. D’où ils viennent, où ils vont, ce qu’ils cherchent, ce qu’ils ont trouvé.
Parfois, je me demande ce qu’ils inventeraient sur moi.
Probablement pas mal de conneries.
Trois heures, quelques bières et quinze minutes de mariage
Ce soir, j’ai rencontré de futurs mariés.
On devait discuter de leur mariage. C’est quand même un peu mon boulot.
On est restés presque trois heures ensemble.
Trois heures, bordel.
À la fin, j’avais une envie de pisser absolument monumentale. Il faut dire qu’on avait descendu quelques bières.
Et je crois qu’on a parlé de leur mariage pendant quinze minutes.
Le reste ?
Leurs vies. Leurs histoires. Ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils pensent. Des choses qui n’ont parfois strictement rien à voir avec la photographie.
J’ai adoré.
Je suis reparti avec plein de choses en tête. Des histoires que je ne connaissais pas trois heures plus tôt. Des idées, des points de vue, des bouts de vie.
Et accessoirement, toujours cette terrible envie de pisser.
Je crois que c’est une des raisons pour lesquelles j’aime autant les mariages.
Avant de photographier des mariés, je rencontre des gens.
Et franchement, je ne m’en lasse pas.
À découvrir aussi : mon approche photographique pour capturer l’authenticité.
Berlin, les guêpes et une inconnue endormie
Il y a deux jours encore, j’étais à Berlin.
Dans un bus, une femme asiatique s’est endormie contre moi.
Comme ça.
Je ne la connaissais pas. Je ne sais pas d’où elle venait, où elle allait, si elle était épuisée par son travail ou si elle avait passé la nuit à faire la fête.
J’aurais tellement aimé être assis en face de nous pour prendre cette photo.
Un inconnu et une inconnue, dans un bus berlinois, partageant sans le savoir un petit bout de vie.
Un autre jour, j’étais installé au soleil avec un cheesecake aux myrtilles.
J’ai fini par le partager avec cinq guêpes.
Cinq.
Elles avaient visiblement une conception assez personnelle du partage.
Autour de moi, des dizaines de personnes. Des conversations que je ne comprenais pas, des regards, des gestes, des vies entières dont je ne connaissais rien.
Et pourtant, j’avais une histoire pour chacun.
Je pourrais passer des heures comme ça.
D’ailleurs, je le fais.
On peut être en cuir le samedi et parfaitement sage le dimanche
Il y a aussi les clubs.
J’aime danser. J’aime la musique, la chaleur, les corps qui bougent, les gens qui transpirent.
Et j’aime regarder.
Les hommes, les femmes, les couples. Ceux qui semblent chercher quelque chose. Ceux qui ont peut-être déjà trouvé. Ceux qui sont là pour la musique, pour rencontrer quelqu’un, pour vivre une expérience ou simplement pour oublier leur semaine.
Au KitKat, à Berlin, chacun arrive avec sa tenue, son allure, ses envies et probablement une collection d’histoires assez improbables.
Moi compris.
Je danse, je transpire, je regarde autour de moi.
Parfois quelqu’un me sourit.
Je ne sais jamais si on a compris que je suis en train d’observer ou si on me drague sévèrement.
Dans le doute, je souris aussi.
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas tellement ce que les gens portent. C’est ce qu’ils en font.
Un type en cuir dans un club berlinois peut jouer un rôle autant qu’un monsieur en costume dans une réunion de copropriété.
Et inversement.
Moi, il y a des jours où j’ai envie de techno jusqu’au petit matin. D’autres où je préfère un concert de rock.
Un jour, je suis entouré d’hommes gays dans un club berlinois. Un autre, je pousse la porte d’une église orthodoxe quelque part plus à l’est.
Je peux aimer l’atmosphère d’un club où les gens sont à peine habillés et, quelques jours plus tard, être fasciné par la solennité d’un lieu religieux.
Et je n’ai pas spécialement envie de choisir entre les deux.
Les spécialistes de la vie des autres
Il y a quand même une catégorie de personnes avec laquelle j’ai un peu plus de mal.
Ceux qui savent.
Ceux qui savent comment il faudrait vivre, aimer, penser, se comporter. Ceux qui ont trouvé la bonne manière d’exister et qui aimeraient beaucoup que tout le monde adopte la même.
On les trouve partout.
Chez les conservateurs comme chez les progressistes. Chez les gens très religieux comme chez ceux qui ne supportent pas la religion. Chez les rebelles autoproclamés comme chez les défenseurs de l’ordre établi.
Même au centre, tiens. On oublie souvent ceux-là.
Ils ont tous un avis sur ce qu’on devrait faire de notre vie.
C’est gentil.
Mais j’ai déjà parfois du mal à savoir ce que je veux manger le soir, alors leur confier le reste de mon existence…
Il y a des jours où je veux être libre de tout. D’autres où j’aime les cadres stricts.
Des jours où je veux rencontrer cinquante personnes et d’autres où je suis très heureux qu’on me foute la paix.
Je peux aimer une chose et son contraire.
Je peux même changer d’avis.
Terrible, je sais.
Le cousin bourré, le timide et celui qui sait mieux que les mariés
Dans les mariages, c’est un peu pareil.
Chaque mariage est différent, mais il y a toujours une sorte de distribution commune.
Celui qui fait rire tout le monde.
Celui qui reste dans son coin.
Celui qui se met en avant dès qu’il aperçoit un appareil photo.
Celui qui n’a pas envie d’être photographié.
Et bien sûr, l’incontournable spécialiste du mariage.
Celui qui sait comment la cérémonie aurait dû être organisée, à quelle heure on aurait dû servir le repas et pourquoi, de son temps, on faisait autrement.
Il me fait presque toujours sourire.
Et puis il y a ceux qui surprennent.
Le discret qui finit par mettre une ambiance incroyable. Le grand bavard qui se retrouve soudain sans voix. Le type qui semblait s’ennuyer et qui, quelques heures plus tard, danse comme si sa vie en dépendait.
Je pourrais presque faire un casting en début de journée.
Sauf que je me planterais probablement sur la moitié des personnages.
Et c’est tant mieux.
Vous pouvez explorer mes reportages de mariage pour voir comment les images racontent, se souviennent et peuvent rester dans le temps.
J’aime bien provoquer. Ça aussi, c’est humain.
Je crois que j’ai un humour un peu particulier.
Parfois noir. Parfois franchement déplacé. Souvent provocateur.
Il m’arrive de dire des énormités juste pour voir la réaction en face.
Et parfois, je me rends compte un peu tard que mon interlocuteur ne partage absolument pas mon sens de l’humour.
Grand moment de solitude.
Je peux probablement passer pour un parfait connard auprès de quelqu’un qui me rencontre au mauvais moment.
Ceux qui me connaissent vraiment savent pourtant à quel point j’aime les gens.
J’aime les faire rire, les surprendre, les charmer aussi.
Oui, charmer.
Je trouve ça agréable de plaire. De provoquer un sourire, un regard, une complicité inattendue.
Et puis il faut reconnaître que c’est assez amusant de voir ce qu’un sourire peut déclencher.
Parfois une conversation.
Parfois une rencontre.
Parfois absolument rien.
Ce qui est très bien aussi.
Partir loin pour retrouver les mêmes humains
Voyager a changé énormément de choses dans ma vie.
J’ai découvert d’autres cultures, d’autres façons de penser, d’aimer, de travailler, de faire la fête.
Et forcément, quand on découvre qu’il existe mille manières de vivre, on regarde un peu différemment celle dans laquelle on a grandi.
C’est à la fois une chance et une sacrée emmerde.
Parce qu’une fois qu’on sait qu’une autre vie est possible, difficile de faire comme si on ne le savait pas.
Mais il y a aussi quelque chose d’assez drôle.
On arrive dans un pays pour dix jours et tout semble extraordinaire.
La lumière, les odeurs, les rues, les gens, les habitudes.
On a l’impression d’avoir découvert une autre planète.
Et puis on reste cinq mois.
Et on réalise que les gens sont… des gens.
Ils travaillent, ils s’engueulent, ils tombent amoureux, ils s’ennuient, ils mentent parfois, ils rient beaucoup ou pas assez.
Ils ont leurs habitudes, leurs emmerdes, leurs contradictions.
Exactement comme ailleurs.
Les décors changent. Les règles aussi. Mais l’humanité reste une sacrée bande de personnages.
Finalement, je pourrais probablement me sentir bien sur Mars.
À condition qu’il y ait quelques terrasses, de la musique et des gens avec qui faire la fête.
Memory Architect
Et la photographie dans tout ça ?
Je ne sais pas si toutes ces histoires font de moi un meilleur photographe.
Ce serait un peu prétentieux de l’affirmer.
Mais elles expliquent certainement pourquoi j’aime autant photographier les gens.
Je n’ai pas besoin qu’ils soient extraordinaires.
Je n’ai pas besoin qu’ils soient beaux, sages, élégants ou parfaitement à leur place.
J’aime leurs différences. Leurs maladresses. Leurs contradictions. Leurs moments de grâce et leurs moments un peu ridicules.
J’aime quand ils oublient l’appareil photo.
Et j’aime aussi quand ils le regardent droit dans les yeux, avec ce petit air de dire : je t’ai vu, toi aussi.
Je ne sais pas toujours ce qu’ils pensent.
Je ne sais pas toujours ce qu’ils vivent.
Et heureusement.
Sinon, je n’aurais plus grand-chose à imaginer.
Demain, je repartirai probablement avec un livre sous le bras.
Je m’installerai à une terrasse.
Je commanderai un café.
Et il y a de grandes chances que je ne lise pas une seule page.
C’est aussi ce regard que j’emmène avec moi quand je photographie un mariage. Pas pour inventer une histoire, mais pour ne pas passer à côté de celles qui se déroulent sous mes yeux.
Tu te maries bientôt ?
Que ce soit à Lyon, Paris ou à l’autre bout du monde, je suis prêt à te suivre là où ton histoire nous mène ! Même la Croatie..
On s’appelle, on se raconte ?







