J’ai des goûts de merde. Et d’autres plutôt bons.
Je crois que j’ai des goûts de merde.
Enfin, ça dépend à qui on demande.
Et surtout, à quelle époque.
Parce que le truc absolument ringard d’hier devient parfois la grande tendance de demain. On ressort des placards des fringues qu’on avait juré de ne plus jamais porter, on leur colle une étiquette vintage et on les revend trois fois leur prix.
C’est quand même formidable, la mode.
Moi, j’ai une chapka, des poupées russes, des chaussures américaines qui pèsent une tonne, quelques vêtements berlinois assez improbables et un sweat tellement coloré qu’il semble s’être trompé de dressing.
J’écoute de la musique russe, je lis Dostoïevski, je peux passer une nuit dans un club berlinois et aller voir BLACKPINK en concert.
Et j’ai adoré.
Je ne sais pas si tout ça fait de moi quelqu’un qui a bon goût.
Mais ça commence à prendre pas mal de place chez moi.
Mon adolescence avait des cheveux longs et des Rangers
Adolescent, j’avais les cheveux longs.
Des baggys, des tee-shirts des Guns N’ Roses et des Rangers aux pieds.
Un look assez discret, comme vous pouvez l’imaginer.
Et puis, à un moment, mon père m’a fait peur.
Je ne vais pas raconter toute l’histoire ici. Mais je crois que quelque chose a changé à cette époque.
J’ai commencé à m’éloigner du garçon que j’étais.
Pendant des années, j’ai été une sorte de caméléon.
Je lisais un livre, je voulais ressembler à un personnage. Je regardais un film, j’adoptais un peu de son univers. Je découvrais une musique et me voilà parti dans une nouvelle direction.
J’ai essayé pas mal de versions de moi-même.
Certaines étaient probablement très réussies.
D’autres mériteraient qu’on détruise les photographies.
Aujourd’hui, quand je regarde mes vêtements, mes chaussures, mes goûts musicaux, je me rends compte que je ne suis finalement pas si loin de cet adolescent aux cheveux longs.
Il a simplement grandi.
Et il a un peu plus de moyens pour acheter ses conneries.
À découvrir aussi : mon approche photographique pour capturer l’authenticité.
J’ai probablement été russe dans une autre vie
C’est ce que me disent certains amis.
Il faut dire que mon histoire avec la Russie commence à devenir légèrement préoccupante.
J’aime sa littérature, son cinéma, son histoire, sa musique. Cette espèce de mélange de grandeur, de mélancolie, d’absurdité et de contradictions.
J’ai lu tout Dostoïevski. Je découvre des auteurs contemporains. Je regarde des films russes parfois assez sombres pour donner envie d’enchaîner avec une comédie américaine.
J’apprends même le russe.
Doucement.
Très doucement.
À ce rythme, je devrais pouvoir commander un café sans déclencher d’incident diplomatique d’ici quelques années.
J’ai rapporté de Moscou des poupées russes dont je suis particulièrement fier.
Et j’ai une chapka.
Évidemment.
Mon grand projet, depuis des années, c’est le Transsibérien. Traverser la Russie en train, prendre le temps, regarder défiler les villes et les paysages.
La guerre a repoussé ce voyage.
Et je précise, parce qu’apparemment il faut parfois le faire, que mon amour de la culture russe n’est absolument pas un soutien au régime actuel.
On peut aimer un pays, son peuple, ses écrivains et son histoire sans applaudir ceux qui le dirigent.
Heureusement, d’ailleurs.
Sinon, il faudrait commencer à brûler pas mal de bibliothèques.
Dostoïevski, BLACKPINK et quelques problèmes de voisinage
Musicalement, je suis assez difficile à suivre.
Je peux écouter NIRVANA, passer à de la techno, enchaîner avec du rock thaïlandais et terminer sur du КИНО, ce groupe de rock soviétique que j’adore.
J’aime aussi les vieilles chansons russes.
Oui, celles qui donnent l’impression que je prépare une soirée nostalgie dans un appartement moscovite des années 1980.
Et alors ?
J’aime la techno berlinoise, mais je n’ai pas spécialement envie de transformer mon salon en Berghain.
Je préfère généralement garder ça pour les clubs, mes longues marches ou le sport.
J’ai aussi grandi avec NTM et la Fonky Family.
Le rap français, j’en suis un peu resté là.
JUL, par exemple, je n’y arrive pas.
J’ai essayé de comprendre.
Je crois que je vais laisser ça aux générations suivantes.
En revanche, mon fils Aaron m’a embarqué dans la culture coréenne.
Et je me suis retrouvé à un concert de BLACKPINK.
Moi.
Avec mes goûts musicaux parfois franchement sombres et mon amour des films russes dans lesquels personne ne sourit pendant deux heures.
Eh bien, j’ai kiffé.
Vraiment. Et ça m’a ouvert un monde nouveau.
Comme quoi, on peut avoir lu Dostoïevski et passer une excellente soirée devant quatre Coréennes qui mettent le feu à une salle de concert.
Je vous rassure, je n’ai pas acheté le bâton lumineux.
Enfin, pas encore.
Enfin… pas pour moi, quoi…
Ma bibliothèque ressemble à un problème de personnalité
Chez moi, on trouve Dostoïevski, Houellebecq, Duras et pas mal d’autres auteurs qui n’ont pas grand-chose à faire ensemble.
Enfin, si.
Ils sont chez moi.
C’est déjà un point commun.
J’aime les livres qui dérangent, ceux qui racontent des vies un peu cabossées, ceux qui explorent des choses qu’on préfère parfois éviter.
Mais je peux aussi avoir envie d’un bon divertissement sans me retourner le cerveau pendant trois semaines.
Au cinéma, c’est pareil.
Un film russe dans lequel trois personnes passent deux heures à regarder par la fenêtre ?
Pourquoi pas.
Un énorme blockbuster américain avec des explosions toutes les quatre minutes ?
Avec plaisir.
Je me souviens avoir entendu des gens parler de certains films ou de certains livres avec une gravité presque religieuse.
Comme si aimer la mauvaise chose pouvait vous faire perdre quelques points d’intelligence.
Ça m’a toujours fait marrer.
On peut avoir une bibliothèque impressionnante et être parfaitement chiant.
L’inverse fonctionne aussi.
Vous pouvez explorer mes reportages de mariage pour voir comment les images racontent, se souviennent et peuvent rester dans le temps.
Le musée de mes petites conneries
Ma bibliothèque n’est d’ailleurs pas remplie uniquement de livres.
Il y a des objets russes, des souvenirs de Thaïlande, du Vietnam, du Cambodge, de Berlin.
Des dessins chinés dans des endroits improbables.
Des petits objets coréens presque kawaii.
Des pins, des badges, des stickers.
Plein de trucs.
Certains ont une histoire. D’autres, je les ai simplement trouvés beaux, drôles ou suffisamment absurdes pour avoir envie de les rapporter.
Je crois que j’ai un vrai talent pour transformer un voyage en accumulation de petits objets.
Et puis il y a les vêtements.
Ah, les vêtements.
Je peux passer un temps ridicule à chercher une veste d’une marque dont personne n’a jamais entendu parler.
Comparer les coupes, les matières, les détails.
Y penser pendant des jours.
Finir par l’acheter.
Et parfois ne presque jamais la porter.
Un investissement remarquable.
J’ai des fringues underground de Berlin, quelques pièces russes, des tenues kinky de chez The Code, des Red Wing entièrement noires dont je suis amoureux.
Et ce fameux sweat hyper coloré qui n’a rien à faire au milieu de tout ça.
Je n’aime pas les vêtements avec des logos énormes.
En revanche, je peux passer trois semaines à chercher une marque confidentielle dont le nom est probablement imprononçable.
Pour finalement acheter une veste noire.
Encore une.
Mais pas la même.
Ça, c’est important.
J’ai mes grigris. Et je crois que ça marche.
Il y a une chose dont je parle rarement.
Je suis assez superstitieux.
Pas au point de consulter les étoiles avant de sortir acheter du pain.
Mais j’ai mes petites habitudes.
Avant chaque mariage, j’emporte certains objets avec moi. Toujours les mêmes.
Pour les voyages, ce sont d’autres objets.
Mes grigris.
Mes petits porte-bonheur personnels.
Je ne vais pas vous dire lesquels. Il faut bien garder quelques secrets.
Est-ce que ça fonctionne ?
Scientifiquement, je suppose qu’on pourrait en discuter longtemps.
Personnellement, je préfère ne pas prendre de risques.
Et puis il y a mon Big Mac.
Enfin, mon « bicmac », comme l’appelle Castille.
Je suis végétarien depuis des années, donc aucun rapport avec le célèbre hamburger.
Mon bicmac, c’est un aliment rassurant.
Un truc que je connais, que je sais digérer, qui ne risque pas de me rendre malade.
Avant un mariage, un voyage ou un moment important, je peux devenir assez maniaque avec ce que je mange.
Je peux partir à l’autre bout du monde, me perdre dans des quartiers improbables, découvrir des lieux où je n’aurais jamais imaginé mettre les pieds.
Mais avant de photographier un mariage, je préfère manger un truc parfaitement prévisible.
On a tous nos limites à l’aventure.
Les miennes passent parfois par mon estomac.
Memory Architect
Et le bon goût, bordel ?
Je crois que le bon goût est une notion assez amusante.
Il y a toujours quelqu’un pour vous expliquer ce qui est élégant, ce qui est vulgaire, ce qui mérite d’être écouté, lu, porté ou regardé.
Et ça change tous les dix ans.
Parfois tous les six mois.
Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi il faudrait choisir entre la culture populaire et la culture dite intellectuelle.
Pourquoi quelqu’un qui écoute du rock ne pourrait pas aimer la pop.
Pourquoi nos vêtements devraient raconter une seule et même histoire.
Je peux aimer une église orthodoxe, un club berlinois où les gens sont à moitié nus, un vieux marché asiatique et une boutique de fringues ultra-contemporaine.
Je peux passer une soirée à lire sur la géopolitique et la suivante à danser jusqu’à ne plus sentir mes jambes.
Je ne vois pas où est le problème.
Et surtout, je n’ai pas envie de chercher.
Il y a suffisamment de choses intéressantes dans le monde pour ne pas commencer à s’interdire celles qui ne correspondent pas à notre petite image personnelle.
Finalement, je ressemble à qui ?
Il m’a fallu du temps pour trouver mon style.
Pas seulement vestimentaire.
Pendant longtemps, j’ai essayé des personnages.
Aujourd’hui, je n’en ai plus vraiment besoin.
J’aime mes vêtements noirs, mes chaussures massives, mes livres russes, mes nuits berlinoises, mes voyages en Asie, mes concerts de rock, mes objets improbables.
J’aime aussi ce que je ne connais pas encore.
Je peux découvrir demain une musique que j’aurais détestée hier.
Acheter un vêtement complètement improbable.
Tomber amoureux d’un film que je n’aurais jamais pensé regarder.
Et ce sera très bien.
Au fond, je crois que je ressemble enfin à celui que j’avais envie d’être.
Ce garçon aux cheveux longs, avec ses tee-shirts des Guns N’ Roses et ses Rangers.
Avec quelques années de plus, beaucoup de voyages et une bibliothèque franchement bordélique.
Et une chapka.
Parce qu’il faut quand même avoir un minimum de classe.
C’est aussi ce regard que j’emmène avec moi quand je photographie un mariage. Pas pour inventer une histoire, mais pour ne pas passer à côté de celles qui se déroulent sous mes yeux.
Tu te maries bientôt ?
Que ce soit à Lyon, Paris ou à l’autre bout du monde, je suis prêt à te suivre là où ton histoire nous mène ! Même la Croatie..
On s’appelle, on se raconte ?







